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Social matching : pourquoi Rivet remplace l'algorithme par vos amis

Rivet, lancée par une ex-dirigeante de Tinder, laisse des proches choisir vos matchs. Voici ce que révèle ce virage vers le social matching.

Par Mathis Mauprivez

4 min de lecture

Illustration de couverture Premeets : le titre "Social matching : pourquoi Rivet remplace l'algorithme par vos amis" sur le dégradé de couleurs Premeets, avec l'application Premeets affichée sur un smartphone.
Sommaire
  1. Rivet, le pari d’une ex-dirigeante de Tinder contre le swipe
  2. Comment fonctionne le « social matching »
  3. Un symptôme d’une lassitude plus large face au swipe
  4. Et si le bon moment et le bon endroit suffisaient ?
  5. Ce que ce lancement dit de la suite

Cette semaine, Bloomberg, le Seattle Times, Mashable et Digital Trends ont tous couvert le même lancement : celui de Rivet, une appli fondée par une ex-dirigeante de Tinder qui promet de remplacer l’algorithme par le jugement humain. Son principe, baptisé « social matching », consiste à laisser des proches ou de parfaits inconnus voter sur la compatibilité de deux personnes avant même qu’elles ne se voient. Cette convergence médiatique dit quelque chose d’un mouvement de fond : après des années de swipe en solitaire, la rencontre cherche visiblement à retrouver une dimension sociale et collective.

Rivet, le pari d’une ex-dirigeante de Tinder contre le swipe

Taru Kapoor a passé huit ans chez Tinder, où elle était directrice générale pour plusieurs marchés, avant de lancer Rivet le 24 septembre aux Etats-Unis, selon le Seattle Times. Pour financer le projet, elle a levé 10 millions de dollars, rapporte Inc, un montant précisé à 10,5 millions de dollars par son cofondateur Rajat Sahni sur LinkedIn, auprès d’investisseurs comme Peak XV Partners, Shine Capital et Blume Ventures.

Son constat, formulé sans détour : les applis classiques ont réduit la friction pour se rencontrer, mais en la retirant, elles ont aussi retiré les gens. « Dating has always been social », a résumé Kapoor dans un communiqué relayé par Mashable. Un constat rare venant d’une personne qui a construit sa carrière dans ce secteur.

Comment fonctionne le « social matching »

Sur Rivet, on ne swipe pas pour soi. Chacun s’inscrit comme « Dater » (à la recherche d’une rencontre), comme « Matcher » (qui aide les autres à se trouver), ou les deux, précise Mashable. Les Matchers regardent deux profils côte à côte et évaluent leur compatibilité ; les duos qui obtiennent le meilleur score de social matching sont ensuite présentés aux deux personnes concernées, qui décident chacune de donner suite ou non.

Quelques mécaniques à retenir :

  • même en couple ou marié, on peut rejoindre Rivet uniquement pour aider les autres à se rencontrer, précise Kapoor à Inc ;
  • les Matchers gagnent des points de « Karma » et un score de fiabilité, le « MQ » ; 15 000 points de Karma associés à un bon MQ peuvent être échangés contre l’équivalent de 30 dollars en cash ou en carte cadeau, selon Mashable ;
  • 68 % des membres de la génération Z et des millennials se disent prêts à aider anonymement un inconnu à trouver un match, d’après une enquête commandée par Rivet et citée par Mashable.

Kathryn Coduto, professeure en sciences des médias à l’université de Boston, voit dans ce modèle « beaucoup de promesses », selon Inc.

Un symptôme d’une lassitude plus large face au swipe

Rivet n’est pas un cas isolé. Sur LinkedIn, plusieurs observateurs du secteur pointent une même tendance de fond : une nouvelle génération d’applis mise sur moins de swipe, moins de défilement et moins de small talk, en s’appuyant sur les amis d’amis ou sur l’expérience réelle plutôt que sur le catalogue de profils, selon un post largement partagé. Bumble expérimenterait même des sorties de groupe à faible pression avec sa fonctionnalité « Plans », toujours d’après ce même post.

Kapoor résume cette fatigue en creux : quand on swipe 200 profils sur Bumble ou Hinge, « les gens deviennent de plus en plus rapides, transactionnels et jugeants », selon le Seattle Times. Son cofondateur Rajat Sahni pose la question autrement dans un post LinkedIn : « si les relations concernent deux personnes, pourquoi chaque plateforme de rencontre classe-t-elle les individus comme des articles de catalogue ? », rappelle-t-il.

« We removed the friction. But also, it turns out that in removing the friction, we also removed the people. » Taru Kapoor, fondatrice de Rivet, citée par Inc.

Et si le bon moment et le bon endroit suffisaient ?

Rivet mise sur un tiers, ami ou inconnu, pour choisir à la place de l’utilisateur. Premeets emprunte un chemin différent, mais part d’un constat proche : le swipe seul, hors contexte, a fini par isoler plus qu’il n’a rapproché.

Plutôt que de faire trancher un jury de proches ou d’inconnus, Premeets s’appuie sur ce qui existe déjà avant même la rencontre, le lieu et le moment partagés. On indique où l’on va et quand (un bar ce soir, un festival ce week-end, un hôtel, un camping, une prochaine destination), et l’appli montre qui a prévu la même chose, au même endroit, au même créneau.

Cette approche répond à plusieurs limites du swipe classique évoquées par ces lancements :

  • pas de vote anonyme sur des inconnus à des kilomètres : on voit qui sera réellement présent, avec l’établissement, le quartier et la distance affichés ;
  • pas seulement de la drague : Premeets sert aussi à élargir un groupe, partir seul l’esprit tranquille, ou savoir qui sera dans son hôtel ou son camping ;
  • des filtres mutuels (âge, genre, dates, activités) qui rapprochent seulement les bonnes personnes, dans les deux sens ;
  • une messagerie rangée par plan (amis, sorties, séjours) pour s’organiser avant d’arriver, plutôt qu’un fil de discussion générique.

La promesse tient en une phrase : arriver quelque part en connaissant déjà du monde. Pas besoin qu’un ami ou un inconnu valide une paire à notre place, le contexte partagé fait déjà une bonne partie du travail.

Ce que ce lancement dit de la suite

Le succès ou l’échec de Rivet n’est pas encore écrit, mais son lancement confirme une chose : remettre des humains, des amis, un contexte, dans la boucle de la rencontre redevient un argument de poids après des années d’optimisation solitaire. Que ce soit via un jury de proches comme chez Rivet, ou via le lieu et le moment partagés comme sur Premeets, la tendance de fond semble la même, rendre la rencontre à nouveau sociale, et un peu moins transactionnelle.

Sources

Les informations de cet article s’appuient sur les sources suivantes.

  1. A Former Tinder Executive Raised $10 Million for a New Dating App. Some of the People Making Matches Are Already Taken - inc.com (Inc, 24 septembre 2026)
  2. Dating App From Ex-Tinder Executive Lets Strangers Play Matchmaker - The Seattle Times (The Seattle Times, 24 septembre 2026)
  3. New app Rivet turns anyone into a matchmaker - Mashable (Mashable, 24 septembre 2026)
  4. Post LinkedIn de Rajat Sahni (LinkedIn)
  5. Post LinkedIn de Vasili N. (LinkedIn)

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