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Fatigue du swipe : pourquoi les applis veulent sortir de l'écran
CNN, The Cut et Flair.be documentent la fatigue du swipe et la fuite des applis de rencontre vers le réel. Décryptage et une autre approche.
Par Mathis Mauprivez
5 min de lecture

Sommaire
Cette semaine, plusieurs médias ont publié, presque au même moment, le même constat : la fatigue du swipe s’installe et les applis de rencontre cherchent, tant bien que mal, à faire sortir leurs utilisateurs de l’écran. CNN, The Cut et Flair.be racontent chacun à leur façon cette bascule, entre chiffres en baisse, nouveaux formats et soirées qui, parfois, tombent à plat. De quoi se demander ce qu’il manque vraiment pour que la rencontre en vrai fonctionne.
Une semaine où tout le monde dit la même chose
Le signal le plus net vient des chiffres. Selon CNN, Match Group (maison mère de Tinder, Hinge, Match et OkCupid) a vu ses abonnés payants reculer de 6 % sur un an, à 13,3 millions, tandis que Bumble a perdu 16,4 % de sa base payante, tombée à 3,2 millions d’utilisateurs (CNN). Le média cite aussi une statistique frappante : 78 % des utilisateurs d’applis de rencontre déclarent ressentir une forme d’épuisement.
Côté français, Flair.be relaie une étude Ipsos de 2025 selon laquelle 61 % des utilisateurs d’applis de rencontre ressentent cette même lassitude, un phénomène que l’autrice Judith Duportail avait théorisé dès 2020 sous le nom de « dating fatigue » (Flair.be). Le symptôme est toujours le même : des profils qui se ressemblent, des conversations qui n’aboutissent nulle part, et une heure de swipe qui laisse plus vide qu’autre chose.
Les applis historiques tentent de sortir de l’écran
Face à ce mur, les acteurs du secteur multiplient les initiatives pour pousser leurs utilisateurs vers le réel. CNN en dresse un panorama assez large :
- Surf, une appli qui remplace le swipe par une grille de profils filtrés par centres d’intérêt, connue pour ses rencontres organisées autour des compétitions Hyrox ;
- Breeze, née aux Pays-Bas, qui supprime carrément la messagerie et donne directement un lieu et un horaire dans un bar partenaire, avec des dîners de groupe pour 6 à 10 célibataires ;
- Feeld, qui organise des sorties thématiques (bowling, escalade, comédie) pour prolonger la conversation en dehors de l’appli ;
- Tinder, qui lance une page événements, et Bumble, qui teste une fonctionnalité de rendez-vous organisés en vrai à la place du swipe classique.
Le raisonnement derrière ces choix est résumé par Abigail Gaskin, directrice de la marque chez Feeld, qui explique que le numérique a ses limites : « There’s only so much you can do online », confiait-elle à CNN (CNN). Elle évoque aussi une lassitude discrète face à des échanges trop répétitifs et transactionnels, et la nécessité d’un peu de friction, le simple fait de se lever, se préparer, se déplacer, pour retrouver du sens à la rencontre.
Quand la soirée organisée tombe à plat
Mais sortir de l’écran ne suffit pas toujours. The Cut raconte le lancement de Readme, une appli de rencontre pour lecteurs et lectrices créée par Banu Guler (fondatrice de Co-Star) et l’écrivaine Emily Segal, coorganisée avec des autrices comme Caroline Calloway ou Marlowe Granados. Le titre de l’article résume tout : « Why Didn’t Anyone Flirt at the Dating-App Party? » (The Cut).
Réunir des inconnus autour d’un thème vague, ici l’amour des livres, ne recrée pas automatiquement les conditions d’une vraie rencontre. Le public vient parfois plus par curiosité que par envie de flirter, et l’ambiance d’un mixer reste artificielle même quand elle est bien pensée.
De son côté, Flair.be raconte une approche plus spontanée : Spoons, une marque de t-shirts imaginée par Caroline, 24 ans, avec un QR code dans le dos qui renvoie vers un profil. L’idée est d’afficher publiquement son envie de rencontrer, sans messagerie ni système de match. Comme elle le résume : « Tu swipes et tu passes une heure sur ton téléphone à juste faire défiler des têtes de gars. Et puis les gens ne sont pas très engagés, c’est un peu impersonnel » (Flair.be).
Pourquoi ces tentatives peinent parfois à décoller
Ces initiatives partagent un point commun : elles essaient de recréer artificiellement un contexte de rencontre, en réunissant des inconnus autour d’un thème (les livres, le sport, un t-shirt) plutôt qu’autour d’un vrai projet déjà partagé. Or un mixer reste un mixer : les participants ne se connaissent pas, n’ont pas de raison concrète d’être là ensemble, et doivent improviser une alchimie de groupe sur commande.
À l’inverse, ce qui fonctionne le mieux dans les exemples cités, comme les rendez-vous Hyrox de Surf ou les dîners de groupe de Breeze, repose sur un point commun réel et daté : une compétition sportive précise, une soirée dans un bar donné à une heure donnée. Le contexte partagé, le lieu et le moment, semble faire toute la différence entre une soirée où « personne ne drague » et une rencontre qui prend.
Une autre approche : partir des projets déjà prévus
C’est exactement le problème que Premeets essaie de résoudre, mais en partant dans l’autre sens. Plutôt que d’organiser un événement artificiel pour réunir des inconnus, l’application part des projets réels que les gens ont déjà : un bar ce soir, un festival ce week-end, un hôtel, un camping, une prochaine destination de voyage.
Concrètement, chacun indique où il va et quand. Premeets montre alors qui d’autre a prévu le même endroit au même moment, avec l’établissement, le quartier et la distance affichés, avant même de voir un profil complet. La conversation démarre sur cette base commune et concrète, pas sur une accroche générique.
Cette logique change aussi la nature des rencontres possibles. Comme le rappelle l’application, il ne s’agit pas seulement de drague : Premeets sert autant à se faire des amis, à élargir un groupe pour une sortie, qu’à savoir qui sera dans son hôtel ou son camping avant d’arriver. Les filtres mutuels (âge, genre, dates, activités) et une messagerie organisée par plan (amis, sorties, séjours) permettent de s’organiser avant même de se retrouver sur place, ce qui évite justement l’écueil de la soirée où personne ne sait pourquoi il est là.
En résumé
La fatigue du swipe n’est plus un ressenti isolé : les chiffres de Match Group et Bumble le confirment, et les nouveaux formats testés par les applis historiques le prouvent par l’exemple. Mais réunir des inconnus autour d’un thème artificiel ne suffit pas à recréer une vraie alchimie. Ce qui semble manquer, et que plusieurs de ces initiatives redécouvrent par tâtonnement, c’est un contexte partagé, réel et daté, celui-là même que Premeets place au point de départ plutôt qu’en solution de secours.
Sources
Les informations de cet article s’appuient sur les sources suivantes.
- Why Didn’t Anyone Flirt at the Dating-App Party? (The Cut, 14 septembre 2026)
- Marre de Tinder? Enfilez ce t-shirt pour faire des rencontres dans la vraie vie (Flair.be, 14 septembre 2026)
- Dating apps are ditching ‘the swipe’ for meet-ups IRL (CNN, 12 septembre 2026)
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